Le Conseil fédéral a essuyé de sévères critiques de plusieurs côtés après avoir décidé de suspendre les engagements étrangers de Swisscom. Il est donc important de nous remettre en mémoire les…
Le Conseil fédéral a essuyé de sévères critiques de plusieurs côtés après avoir décidé de suspendre les engagements étrangers de Swisscom. Il est donc important de nous remettre en mémoire les différents événements qui ont conduit à ce choix du gouvernement.
Stratégie étrangère
Avec ses engagements étrangers de ces dernières années – notamment chez Debitel, UTA et Cesky – la direction Swisscom a généré des pertes de plus de quatre milliards de francs. Ni le conseiller fédéral de tutelle, ni le conseil d’administration de la société n’ont voulu aborder ce problème.
Pour illustrer cette stratégie irréfléchie, il paraît bon de rappeler le cas de l’entreprise de télécommunication Cesky. En 2003, Swisscom a vendu sa part de 13,5% au capital de cette société tchèque avec une perte de 200 millions de francs. Deux ans plus tard, la direction de Swisscom développe à nouveau un scénario de prise de participation dans Cesky. Où donc est la stratégie de tels agissements?
Ces méthodes de gestion ne sont guère prisées par les marchés financiers comme en témoigne le développement de l’action Swisscom l’an passé. Entre le 1er janvier et le 23 novembre 2005, soit le jour précédant la décision controversée du Conseil fédéral, l’action Swisscom a reculé de 6%. Or, pendant cette même période, la bourse a progressé de 32% en moyenne. Donc, Swisscom est nettement en retard par rapport à l’évolution moyenne du marché boursier.
En examinant de plus près la situation de Swisscom, on constate donc que la société a non seulement perdu quatre milliards dans ses engagements étrangers, mais qu’en plus sa valeur boursière a fortement baissé, soit de quelque huit milliards de francs. Au total donc, plus de douze milliards de francs d’argent appartenant au peuple ont été détruits.
Intervention du Conseil fédéral
Il n’est guère étonnant que le Conseil fédéral ait jugé nécessaire de prendre des mesures face à cette évolution. La chute de l’action Swisscom après l’annonce des décisions du gouvernement – contrairement aux allégations de la gauche, cette baisse ne se monte pas à 1,5 milliard, mais à 513 millions de francs au maximum – ne s’explique pas forcément par le projet de privatisation du gouvernement. Il s’agit bien plus d’un signe de plus de la préoccupation des investisseurs face à la stratégie de l’entreprise qui consistait pour l’essentiel à prendre des participations dans des sociétés européennes, voire à en acquérir.
Cette stratégie n’est d’ailleurs pas nouvelle en Suisse. Swissair en avait pratiqué une semblable en surestimant largement son potentiel d’endettement. Avec le résultat que nous connaissons. Les parallèles avec l’affaire Swissair sont donc parfaitement donnés.
Bases légales
En sa qualité d’actionnaire principale, la Confédération définit les objectifs de Swisscom. De plus, elle surveille et contrôle en permanence la réalisation de ces objectifs. La Confédération est donc non seulement propriétaire, mais aussi autorité d’autorisation et de surveillance. Ce mélange de fonctions produit des conflits d’intérêts qui ont déjà posé des problèmes dans le cas Swissair. Il faut donc se demander si la Confédération peut ou doit participer à Swisscom, car indépendamment du montant de la participation (chez Swissair, la Confédération tenait juste 6%), le risque demeure entier tant pour l’Etat que pour les contribuables.
Perspectives
De plusieurs côtés on a entendu des craintes selon lesquelles la privatisation de Swisscom mettrait en péril la desserte de base, donc le service universel. L’UDC ne partage absolument pas ces craintes et elle tient à mettre en garde contre les tentatives de la gauche de semer la panique avec cet argument fallacieux. La garantie du service universel est réglée dans la loi sur les télécommunications et elle n’a aucun rapport avec la question d’une participation majoritaire.
Du point de vue de la gestion d’entreprise, la future stratégie concernant Swisscom s’articule en fonction de l’alternative suivante:
La variante 2 est donc nettement préférable. Ce d’autant plus qu’il n’appartient pas à la Suisse d’assurer le service universel dans d’autres pays – cela sans parler des risques de chantage politique auxquels la Suisse s’exposerait avec de tels engagements.
La participation à des entreprises étatiques étrangères est par ailleurs en totale opposition avec le mandat principal de Swisscom, à savoir la garantie du service universel en Suisse. Tout ce qui dépasse ce mandat n’est plus l’affaire de la Confédération.
Conclusion
a) La participation de la Confédération dans Swisscom n’a aucun rapport avec le service universel. Ce dernier est défini dans la loi et assuré par la concession. Il ne s’agit donc ici que d’une transaction financière.
b) La Confédération n’est pas à sa place en tant que propriétaire d’une société cotée en bourse et elle n’a pas les compétences pour gérer une telle entreprise. Swisscom a perdu ces dernières années plus de huit milliards de francs de sa capitalisation boursière. De plus, ses divers engagements à l’étranger lui ont valu des pertes de plus de quatre milliards de francs.
c) Les participations étrangères sont exclues tant que la Confédération tient des parts dans Swisscom. Ces engagements représentent en effet un risque non seulement financier, mais surtout politique. En cas de problème avec un engagement à l’étranger, ce n’est pas Swisscom, mais l’Etat suisse et, finalement, le contribuable suisse qui assume la responsabilité et paie les pots cassés.
d) A côté du risque politique, il y a aussi un risque d’entreprise. La branche des télécommunications est en constante évolution. Le danger que la valeur d’une entreprise baisse massivement à la suite d’un investissement mal ciblé est réel. Il n’est pas acceptable que la Confédération assume ce risque.
La valeur de l’action Swisscom a continuellement baissé ces dernières années, et cela bien avant que le Conseil fédéral ne s’exprime sur l’avenir de l’entreprise (voir chapitre consacré à la stratégie étrangère).
C’est donc simplement une question de bon sens que de vendre le plus rapidement possible une participation dans une entreprise qui représente un risque financier et politique difficile à estimer. Inversement, il faut donner à Swisscom la liberté qui lui permet d’agir rapidement et avec souplesse sur un marché qui se développe à grande vitesse.